La vie douloureuse et ubuesque d’une famille en attente de régularisation

Dans le cadre des suivis de dossiers des permanences juridiques de la LDH, je rends visite à une famille tchéchène à Adoma (l’ancien Formule 1 à Magnanville). Ils sont arrivés tous les trois en France en 2011, ils ont été déboutés du droit d’asile en 2014…
Presque 3 années d’attente interminable. Pourquoi tout ce temps ? On s’interroge mais le supplice continue.

Trimballés d’hôtel en hôtel, avec leur fils qui a maintenant 16 ans, qui a changé de chambre, d’école, de collège tellement de fois qu’ils n’arrivent plus à les compter. Quatre années à partager la même chambre d’hôtel avec leur fils, quatre années sans intimité.

Comment apprendre la langue, comment rencontrer des gens, comment se socialiser et vivre dans une précarité pareille avec cette « boule au ventre » ? Sans papier on ne peut rien faire.

Au total, sept ans de vie entre parenthèses, sept années de galères, sept années de déprime, focalisés sur leur tristesse et leur impuissance, après avoir fui la Tchétchénie non sans difficultés et surtout après avoir vécu des choses douloureuses et subi des menaces.

La France ne les accueille pas, la France ne leur facilite pas la vie déjà très éprouvante, la France leur réserve un sort difficile fait d’attente et de désespérance, d’embûches et de lenteur administratives, un combat de tous les jours depuis 7 ans.

Après tout ce temps, ils ont droit à une carte d’un an. Mais pour récupérer ces sésames magiques, il faut acheter des timbres fiscaux, beaucoup de timbres fiscaux d’une valeur de 609€ pour chaque carte. Et bien sûr il en faut 2. Comment trouver 1218€ pour ces 2 précieux morceaux de papier quand on n’a pas le droit de travailler et qu’on n’a pas d’argent ?

Et dans un an, devinez quoi ? on remet le couvert pour deux fois 269€ ! et cela chaque année, bien sûr en attendant de longues années avant d’obtenir la carte de 10 ans pour laquelle il faudra aussi payer.

Des militants ont trouvé des solutions pour les aider à passer ce cap. En espérant bientôt une insertion par le travail et une reconstruction sociale, psychologique, affective. Ils ont retrouvé un peu le sourire (je les avais déjà rencontrés il y a un an environ et ils étaient chacun à leur façon dans un état de détresse alarmant).

Il aura fallu 10 ans peut être à cette famille pour retrouver, dans un autre pays que le leur, la joie de vivre, un sens à la vie, un lieu de vie à eux, des projets. Et s’ils étaient les seuls ! Mais c’est hélas le sort réservé à presque tous les étrangers.

Pourquoi tout ce temps et toute cette souffrance ? On peut s’interroger : manque de personnel, agents peu formés, dysfonctionnements, délais très longs…ou tout simplement un moyen de domination de l’État français sur les personnes étrangères ? Et bien sûr une façon de faire comprendre à l’autre qu’il n’est pas le bienvenu ici !

Mais je dois m’égarer … certainement !

Voir en ligne : Site de la LDH du Mantois

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