A PROPOS DE L’HOSPICE SAINT-CHARLES

, par  Bernard Méry

La presse locale et les réseaux sociaux se sont fait l’écho, récemment, d’une rumeur concernant l’Hospice Saint-Charles, sis à Rosny-sur-Seine. Ce bel édifice serait à vendre …
Mais avant de poser les quelques questions essentielles que soulèverait inévitablement une telle transaction, si elle se réalisait vraiment, il paraît opportun de faire un peu d’histoire.

Un peu d’histoire

L’Hospice Saint-Charles fut construit à partir de 1820, sur un terrain jouxtant le parc du château de Rosny-sur-Seine, à la demande de Marie-Caroline, duchesse de Berry, par l’architecte Joseph-Antoine Froelicher.
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Ce bâtiment était destiné à recevoir le cœur du duc de Berry, assassiné le 14 février de cette même année 1820, sur les marches de l’Opéra à Paris, par Louis Pierre Louvel, qui voulait mettre un terme à la dynastie des Bourbons.
La duchesse définit ainsi la fonction de cet établissement : « Dans une des ailes, on soignera les malades ; dans l’autre, on élèvera les enfants pauvres ; le milieu sera une chapelle où on priera Dieu pour mon mari. » Et l’institution reçut le nom de Saint-Charles, patron du duc.

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L’Hospice comprend une chapelle qui s’intègre dans un vaste ensemble constitué en façade par un grand bâtiment, de deux pavillons d’angle, de jardins et d’une sorte de cloître avec arcades en plein cintre et galeries ouvertes.
JPEGD’aucuns le considèrent comme l’un des plus beaux exemples du style néo-classique et une des constructions majeures de la Restauration. Il est classé au titre des monuments historiques depuis 1973. Le lieu, de par son architecture, en bordure du château et tout proche de la Seine, dégage un réel charme.
Mais après avoir longtemps rempli son office et gardé sa fonction charitable pendant plus d’un siècle, il connut divers usages plus ou moins glorieux, tomba peu à peu dans l’oubli et rejoignit progressivement la cohorte des monuments historiques « en péril ».
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Jusqu’à ce que le District urbain de Mantes (DUM), reconnaissant la magie du lieu et constatant que personne ne voulait prendre en charge sa sauvegarde, décide au début des années 80, de l’acquérir, d’entamer sa restauration et de le dédier à des activités culturelles.
Il est peut-être judicieux de rappeler ici que le DUM était un établissement public de coopération intercommunale associant, à l’époque, les communes de Buchelay, Guerville, Magnanville, Mantes-la-Jolie, Mantes-la-Ville, Porcheville, Rolleboise et Rosny-sur-Seine. Pionnier en Ile-de-France de la coopération volontaire entre communes, il fut le précurseur de la Communauté d’agglomération de Mantes-en-Yvelines (CAMY).
La CAMY poursuivit et développa, à partir de sa création en 2000 et jusqu’à sa disparition fin 2015, l’action entreprise par le DUM pour la réhabilitation et la mise en valeur de l’Hospice.
Depuis, ce lieu historique prestigieux accueille tout au long de l’année des manifestations culturelles, des expositions (peinture, sculpture, photographies, bandes dessinées), des concerts et des rencontres artistiques variées. Plus particulièrement dédié à l’art contemporain et aux arts visuels, son entrée toujours gratuite rend possible l’accès à la culture du plus grand nombre et les scolaires sont des habitués du lieu. Ce sont des milliers d’enfants qui ont investi avec bonheur les salles d’exposition.
L’Hospice Saint-Charles revit et devient l’un des fleurons du patrimoine du Mantois.JPEG
Phagocytée par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPS&O), la CAMY et le modèle qu’elle représentait disparurent le 31 décembre 2015. La propriété de l’Hospice fut transmise ipso facto à cette nouvelle entité XXL (73 communes, 405 000 habitants). A charge pour elle, dès lors, de continuer l’œuvre entreprise. Et d’ailleurs dans cette perspective, l’Hospice fut déclaré d’intérêt communautaire par l’assemblée délibérante de GPS&O lors de sa séance du 28 septembre 2017.

Quelques questions essentielles

Même si elle semble correspondre assez bien à l’état d’esprit de ceux qui dirigent GPS&O, la rumeur d’une vente de l’Hospice demande avant tout à être confirmée.
Rumeur ? De quelques informations glanées ici ou là, il semble bien que l’on puisse déduire qu’un tel projet est sur la table. D’autant qu’un client sérieux à l’acquisition se serait manifesté.
Sans qu’on sache encore qui a sollicité qui...
Le propriétaire actuel du château, en effet, pourrait souhaiter reconstituer le domaine historique de Sully à Rosny. Est-ce que cela pourrait concerner aussi la friche de l’ex-Florosny ?
Tout cela reste à vérifier, confirmer ou infirmer.
L’initiative privée n’est a priori pas à blâmer ; surtout quand elle permet de sauvegarder un monument historique majeur, comme c’est le cas actuellement du château, dont la puissance publique s’est désintéressée. Mais, concernant l’Hospice, le DUM puis la CAMY avaient « fait le job ». Mieux encore, sauvé de la ruine même si sa restauration n’était pas achevée et nécessitait encore des efforts, l’Hospice était devenu dans le Mantois un lieu ressource pour l’accès à la culture pour tous.

La CAMY en avait fait un des axes majeurs de son projet de développement culturel. En sera-t-il encore ainsi demain si GPS&O le vend à un propriétaire privé ?
Et puis, GPS&O, ce magma encore informe, n’a-t-il pas besoin plus que jamais d’ancrage territorial, et notamment à l’ouest de son territoire administratif ?
Le sentiment d’appartenance à cette communauté reste à construire. Il est de même pour le bien vivre ensemble et le lien social. La culture n’est-elle pas un des meilleurs moyens pour cela ?
L’Hospice peut donc très bien en être un des acteurs majeurs à condition que GPS&O le maintienne dans son patrimoine, achève sa restauration selon une programmation pluriannuelle en adéquation avec ses moyens financiers, comme l’ont fait en leur temps le DUM puis la CAMY, et définisse un projet culturel pertinent et adapté. Il contribuerait aussi à l’image et à l’attractivité de ce nouveau territoire.
Le rayonnement de cette nouvelle communauté n’en serait que plus grand, l’Hospice occupant aussi une place stratégique dans l’ouverture du territoire vers la Normandie.
Voilà pour les questions de fond.
Sur la forme et les procédures, les responsables de GPS&O ont-ils bien mesuré l’ampleur de la tâche et de ses contraintes juridiques ? Vendre un bien public, est-ce si facile ? N’y a-t-il pas en jeu le principe d’inaliénabilité du domaine public ?
Le déclassement éventuel dans le domaine privé de la communauté d’un tel monument pour le vendre ne serait pas chose aisée, pour peu que les habitants du territoire s’en émeuvent à temps.
De plus, il faudrait que l’intérêt communautaire reconnu à l’Hospice en 2017 soit rapporté par le conseil de GPS&O. Là aussi, une telle machine arrière ne serait pas simple à faire si un nombre suffisant d’élus motivés se mobilisaient.

Donc et en tout état de cause, au minimum, la vigilance s’impose pour toutes celles et ceux qui souhaitent que soit maintenus la place et le rôle de JPEGl’Hospice Saint-Charles dans le Mantois, seul lieu culturel du Mantois d’accès libre.
Peut-être même sera-t-il nécessaire qu’une mobilisation active se mette en place en temps utile.
Déjà les amis de l’Hospice pourraient se compter et se manifester lors de la prochaine exposition qui y sera organisée du 2 juin au 22 juillet avec le Mouvement d’artistes contemporains en Yvelines (MACY),] rendez-vous annuel que la CAMY avait initié il y a bien longtemps.
En espérant que ce ne sera pas la dernière…

Bernard Mery
mai 2018

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