Autour du film « L’Ordre des choses », film d’Andrea Segre

, par  Marie Giudicelli

Jeudi 24 mai, le cinéma de Maule accueillait Amesty International qui présentait le film L’Ordre des choses, sorti en salle en mars 2018, de l’italien d’Andrea Segre, qui se passionne pour les migrants.

C’est un film dramatique et émouvant, une fiction à base documentaire sur la politique migratoire cynique et dangereuse menée en Libye par l’Europe.JPEG
C’est l’histoire d’un policier d’élite italien qui est envoyé en mission par son gouvernement et qui fait des allers retours entre Padoue, où il mène une vie de couple très sereine et luxueuse dans un quartier résidentiel et Tripoli où il rencontre les chefs libyens des centres de rétention qu’il visite.

C’est l’histoire du malaise de ce fonctionnaire attachant et consciencieux, confronté à la détresse humaine et à la folie d’un plan européen piloté dans l’urgence, sans vision à long terme. Et c’est aussi le nôtre. En échange de fonds européens et de quelques brèves leçons sur les Droits de l’Homme, l’Europe laisse les pays de transit comme la Libye "faire le sale boulot" . En fermant les yeux sur les conditions de rétention de ces personnes et en mettant le doigt dans un engrenage de chantage politique inéluctable.

Un film qui peut naturellement se voir pour lui-même, mais peut aussi être le point de départ d’une discussion sur les nombreux problèmes évoqués dans ce film.

En savoir plus

Voici l’extrait de l’article de Samuel Douhaire dans Télérama du 8/03/2018 :

Le réalisateur, Andrea Segre, 41 ans, se passionne pour les migrants : il leur a consacré deux documentaires forts (Come un uomo sulla terra, en 2008, et Mare chiuso, en 2012, ce dernier diffusé sur France 2 dans le cadre d’Envoyé spécial), ainsi que son premier long métrage de fiction, La Petite Venise (2010), récit attachant de l’amitié entre un vieux pêcheur vénitien et une jeune Chinoise. Il raconte, pour nous, la genèse de L’Ordre des choses et analyse les errements de la politique européenne en matière d’immigration.

D’où vient votre intérêt pour les migrants ?

Dans une précédente interview, vous avez estimé que la situation en Libye est « l’expression d’une débâcle éthique et morale » pour l’Europe. Pourquoi ?

Les accords entre l’Italie et la Libye aujourd’hui sont très similaires à ceux passés par Romano Prodi puis Silvio Berlusconi avec Kadhafi dans les années 2000. Nous sommes en train de financer l’arrêt des migrations sans avoir la possibilité, ni même la volonté de contrôler les conditions dans lesquelles les migrants sont retenus en Libye. Si nous demandons aux Etats de transit d’arrêter les gens dont nous ne voulons pas, nous devons utiliser notre pouvoir et notre argent pour avoir la garantie que les migrants soient traités dans le respect des droits humains. Or nous savons parfaitement qu’il y a des abus, et nous les tolérons. Ce n’est pas acceptable.

Depuis la fin du tournage, au printemps 2017, la situation des migrants a-t-elle empiré en Libye ?

Officiellement, il existe vingt-sept centres de rétention pour migrants en Libye. Dans six ou sept d’entre eux, la pression sociale et politique contre les accords italo-libyens a contraint le gouvernement à améliorer les conditions d’existence des migrants au bout de six mois. Mais dans les vingt autres, rien n’a changé…

Les Nations unies estiment qu’au moins cinq cent mille personnes sont aujourd’hui retenues en Libye. L’Organisation internationale pour les migrations a mis en place un plan de rapatriements volontaires – qui n’ont de « volontaire » que le nom – pour aider ces gens à retourner chez eux. Mais ce programme ne concerne que vingt cinq mille personnes…

Le problème risque aussi de s’aggraver en raison de la situation politique en Italie. A la suite des élections législatives du 4 mars [perdues par le Premier ministre démocrate, Matteo Renzi, ndlr], nous allons avoir un nouveau gouvernement. Les milices libyennes pourraient être tentées de faire pression en permettant temporairement aux migrants de prendre la mer pour dire ensuite à l’exécutif italien : « voyez, nous avons besoin de fonds supplémentaires pour mieux contrôler la frontière »… Les Libyens ont parfaitement compris qu’ils jouent un rôle très important dans le débat électoral européen ; ils ont le pouvoir d’influer sur l’équilibre politique des élections en Europe et, ainsi, de gagner beaucoup d’argent. La politique d’externalisation des frontières européennes est très dangereuse, pas seulement sur le plan éthique, mais aussi militaire : nous donnons du pouvoir à des individus que nous ne sommes pas capables de contrôler.

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